Etat de droit ou état policier ? Le taser a fait son choix.

Un taser pour taser qui ?

Depuis un an déjà, il est question de la part du ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, de réfléchir à l’élargissement de la panoplie offensive des policiers en Belgique. Il prévoit à cet effet d'ajouter aux pistolet, matraque, lacrymo,... le pistolet à impulsion électrique communément appelé taser.

Cette réflexion d'enrichissement de l’attirail policier prend aujourd'hui une forme de plus en plus concrète avec la volonté de mettre à l'essai cette, soi-disant, arme non létale ayant à maintes reprises provoqué des séquelles irréversibles voire entraîné la mort. Pendant six mois, la ville de Liège sera ainsi le théâtre de cette mise à l'essai avant une évaluation qui permettra la                généralisation de cette nouvelle arme policière.  

Confrontés à cette volonté de mettre le taser à l'essai et l'accueil très favorable exprimé par le bourgmestre liégeois, Willy Demeyer, nous ne pouvons que faire part de notre scepticisme par rapport à la réelle nécessité de voir le PAB (Peloton Anti-Banditisme) circuler dans nos rues équipé de ce nouveau jouet. Nous nous demandons également combien de fois, sur l'ensemble des interventions effectuées par les forces de l'ordre, l'utilisation d'une telle arme, qui n'est pas sans conséquence, aurait pu se justifier et si, à l'avenir, son utilisation ne deviendrait-elle pas systématique dans des situations qui pourraient être maîtrisées autrement ?

Nous tenons aussi à souligner que le nombre de dérives occasionnées par l'utilisation de cette arme, considérée à tort comme non létale, sont légions et que ce ne sont pas les exemples qui manquent et ce, partout où le taser est d'application. Ces dérives concernent autant les conséquences de son utilisation (arrêts cardiaques, pneumothorax, lésions à la tête causées lors de la chute,...) que le recours abusif de la part des policiers (mauvaise évaluation de la situation, utilisation sur des personnes à risques, recours systématique,...).

Devant la réticence de nombreux citoyens et organisations citoyennes concernant la mise à l'essai du pistolet à impulsion électrique, la ville de Liège a décidé d'organiser une séance d'information le jeudi 28 septembre à laquelle tout citoyen ne peut participer étant donné la limitation du nombre de places. Cependant nous apprenons le 26 septembre, d'après le site d'informations Today In Liège que la commande des six taser qui équiperont le PAB liégeois a déjà été réalisée avant même cette séance d'information au public ou la décision du conseil communal de ce lundi 2 octobre. Il est donc largement évident que l'avis citoyen n'est absolument pas pris en compte dans les décisions de la ville de Liège, ce qui parait pourtant indispensable sur des questions aussi essentielles que la sécurité.

 

Evacuation d'un squat à Namur par le GIS équivalent du PAB
Evacuation d'un squat à Namur par le GIS équivalent du PAB

Une autre question que soulève l'introduction de cette nouvelle arme dans l'armement déjà bien fourni de la police est celle de la répression d'état, cette répression policière qui prend plus facilement pour cible certaines classes sociales, certains faciès. Ainsi, on constate déjà que les personnes racisées les précaires, les sans papiers,… sont plus facilement interpellées, contrôlées, arrêtées, violentées par la police. Du coup, il est certain que ces personnes encourent de plus gros risques pour leur intégrité physique par la seule présence du taser. En France, d'après un rapport d'ACAT* , si l'utilisation du taser ne cesse d'augmenter d'année en année pour atteindre en 2012, une moyenne de trois utilisations par jour, celle des armes à feu reste stable. Aussi, même si les fabricants dont le but est d'écouler leur stock, considèrent le taser comme une arme non létale, celle-ci tue chaque année des dizaines de                                                                                                                               personnes qui ne représentent pas forcément une menace, ni                                                                                                                         pour elles-mêmes, ni pour autrui.

 

 Alors qu'on peut aisément observer que l'austérité provoque une montée de la résistance sociale et une opposition de plus en plus forte des mouvements sociaux contre ces politiques des gouvernements, ces mêmes gouvernements tentent de plus en plus à criminaliser la réponse de la rue, ces tasers seraient alors un moyen idéal pour mater toute opposition à l'autoritarisme étatique. Doit-on craindre que demain, les tasers seront la règle pour déloger les grévistes, les activistes non violents, les militants,... ? Le taser représente donc une véritable menace pour nos droits de se rassembler, de manifester ou de faire grève. Pire, il représente une menace pour le peu de démocratie à laquelle nous avons droit.

 

Nous considérons qu'en raison des risques qu'il génère pour la santé, des menaces qu'il représente pour les personnes les plus précaires, nos droits et nos libertés les plus élémentaires, le taser est loin d'être un besoin essentiel pour la police. Cette crainte n'est que renforcée par la manière dont la ville de Liège gère le dossier et par le manque d'éléments justifiant sa présence dans l'équipement policier.

Rapport sur les tasers en France de 2010 à 2012

Le Taser X26® comme alternative aux armes à feu ? Un leurre

Le pistolet à impulsion électrique est souvent présenté comme une alternative aux armes à feu. Jugée « non létale » ou « à létalité réduite », elle serait un moyen de limiter l’usage des armes à feu. Lors d’une conférence relative aux moyens de force intermédiaire donnée en 2009, l’institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale affirmait ainsi que « l’adoption en gendarmerie de ce type d’arme [avait entraîné une] baisse significative des usages des armes classiques ». Il était ajouté que « la dotation généralisée [des PIE] a entraîné trois effets positifs : [une] diminution des cas d’usage des armes, [une] forte diminution du nombre de gendarmes blessés (moins 24% malgré une hausse de 19% des violences exercées) et des individus concernés, [et une] augmentation du taux d’interpellation88 ». Ainsi, la finalité serait celle d’« épargner des vies ». Pourtant, aucun chiffre officiel ne permet de confirmer que les pistolets à impulsion électrique sont réellement utilisés comme des alternatives aux armes à feu et qu’ils ont permis de diminuer l’usage de ces dernières. D’après les données éparses recoupées et analysées par l’ACAT, il s’avère au contraire qu’entre 2010 et 2012, tandis que l’usage des Tasers a augmenté de 30%, l’usage des armes à feu n’a, quant à lui, pas baissé. Dans le cadre de son enquête, elle a par ailleurs pu constater que le Taser est fréquemment utilisé dans des situations pour lesquelles l’usage d’armes à feu n’aurait jamais été envisagé. Il semble que, loin d’avoir diminué l’usage des armes à feu, le pistolet à impulsion électrique ait plutôt empiété sur les moyens policiers de force moins élevée.

 

Plusieurs pays ont renoncé à l’utilisation du Taser

En France, aucune réflexion n’est engagée au sujet de la dangerosité potentielle de cette arme. Lors d’une rencontre avec l’ACAT, un responsable de l’IGPN voyait en elle un moyen d’« éviter de nombreux problèmes lors des interpellations, notamment avec l’utilisation des gestes d’immobilisation. » Le recours au Taser est très répandu aux États-Unis, où, comme dit précédemment, de nombreux cas de décès ont été répertoriés à la suite de son usage. D’autres pays, tels que la Belgique, l’Italie ou les Pays-Bas, ont, quant à eux, choisi d’interdire les PIE, eu égard à leurs caractéristiques et aux controverses qu’ils suscitent. La France doit s’engager dans la voie d’un plus strict contrôle de l’utilisation de ce type d’arme. La facilité d’usage du Taser ne doit pas faire oublier son caractère potentiellement dangereux. Les autorités doivent rappeler aux forces de l’ordre qu’en cas d’abus, son utilisation peut être qualifiée de torture et entraîner la condamnation de son auteur. 

 

 

 

 

 

 

Source : https://www.acatfrance.fr/public/rapport_violences_policieres_acat.pdf

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